Fumer tue. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé.


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Club
Cigares & Compagnie

Roman
avant-gardiste

Fumeur de cigare
dans le futur


Mes chers amis,
Ce n'est pas un discours mais un roman avant-gardiste que j'ai rédigé à votre attention. J'y relate le cauchemar qui m'a réveillé dernièrement tout en sueur, l'air hagard avec une angoisse profonde qui me nouait la gorge. Ce réveil salutaire pour le sort qui m'était alors réservé dans cette cinquième dimension m'a permis par sa brutalité de me remémorer de façon intacte et précise les évènements que je venais de subir et me permettre ainsi de vous les retranscrire.

Préambule : Pour des raisons de sécurité, aucun nom ne sera cité et les prénoms seront volontairement modifiés.

Dédicace : A toi, liberté chérie, que la tolérance pardonne à ceux qui emprisonnent en ton nom.


Chapitre I : Le lieu de rendez-vous

Tout commence de la plus belle des manières, puisqu'en voiture, je me dirige vers une de nos merveilleuses soirées cigares que j'ai tant de plaisir à présider. Mais pourtant je n'ai pas la frénésie habituelle qui m'agite avant même d'être au sein des miens. Au contraire, l'air inquiet je regarde fréquemment dans le rétroviseur. Chose étrange, je ne conduits pas ma superbe Jaguar, mais l'anonyme 307 noire de ma mie. En cherchant l'heure sur l'ordinateur de bord : 20H02, j'y découvre aussi la date : jeudi 04 juin 2009. Tiens me dis-je, aujourd'hui c'est la Sainte-Clotilde qui a su convertir Clovis, roi de France. Nous avons pourtant la foi, pourquoi ne pouvons-nous donc convaincre ces dictateurs qui nous gouvernent ? Mais ma question reste sans réponse alors que je me gare à bonne distance du lieu de rendez-vous. Je prends un paquet sous le siège passager que je glisse sous mon blouson et l'air le plus nonchalant possible, je marche le long des murs et bifurque discrètement dans cette entrée d'immeuble de bureaux, déserte à cette heure tardive. Dans ce long couloir sombre habillé de tentures murales qui me semblent encore plus sales qu'à l'ordinaire, je patiente sans un mot, aux aguets de tout bruit anormal. Mais seule ma respiration saccadée trouble ce silence. Après quelques minutes, je frappe à la seule porte, au fond à droite du couloir, 2 coups rapprochés, un coup seul puis à nouveau 2 coups rapprochés. Alors qu'une ombre me regarde par le judas, une voix me demande à travers la porte : "Ce sont les cuisines, l'entrée est sur la rue face à la terrasse, ici c'est privé !" J'attends 2 secondes et je réponds à voix basse : "Privé de tout mais pas du plaisir !" J'entends le verrou tourner puis la porte s'entrouvre sur Onurb "Vite me dit-il" en refermant prestement la porte derrière moi et la reverrouillant. Je me glisse le long des fourneaux et emprunte le petit escalier de pierre quasi-invisible sur la droite qui descend au sous-sol. La pâle lumière me fait distinguer les trois portes de ce corridor. Je frappe sur celle de droite un coup sec, puis 2 coups rapprochés et à nouveau un coup sec. La porte s'ouvre sur Ciré dont le visage s'illumine en me voyant. Après un rapide coup d'œil par dessus mon épaule, il me tire dans la salle et referme la porte derrière moi. Ce local n'est autre qu'une cave de 25 m² sans fenêtre, uniquement éclairée par un néon et un allogène sur pied, installé dans un angle.

Chapitre II : Le repas du Club

"Tu es en retard" me dit-il. Alors que j'embrasse les quelques fidèles du Club présents : Lacsap, Fej et Sevy-Erreip je lui réponds : "J'ai pris un autre itinéraire, je crois que Sevy a raison, nous sommes dans leur collimateur, je me sens épié". Sevy-Erreip me reprends alors : "Il faut dire qu'avec les reportages sur notre site hébergé au Maroc, tu y vas fort ! D'autant qu'il ne doit plus rester beaucoup de Club cigares en France alors ne t'étonne pas qu'ils nous cherchent". "Ciré la comptable n'est pas arrivé ?" dis-je avec un sourire narquois à cette pensé qu'il soit plus en retard que moi, mais mon sourire se fige car leur expression vient de virer au terne et je comprends que quelque chose ne va pas. "Il a sans doute été dénoncé" déclare Ciré, "la BRF (Brigade de Répression des Fumeurs) a fait une visite surprise sur son lieu de travail et comme par hasard dans son bureau, alors qu'il fumait un Magnum 50, fenêtres entre-ouvertes avec son système d'extraction de fumées à filtres à charbon qu'il s'était bricolé". "Où est-il ?" "A l'Hôpital Purpan, une semaine de cure de désintoxication obligatoire suivi de 3 semaines de suivi psycho-médical à raison de 2 visites par jour, soit à l'hôpital ou chez un tabacologue agréé. Et je ne te parle pas de l'amende !" Répondit Lascap. "Merde" ne puis-je m'empêcher de lâcher en sentant monter la colère. Pour décrisper la situation, Fej m'apporte la boîte de cigares d'apéritif, des Sports Largo "tiens, ils sont superbes, que nous as-tu amené en dégustation ?" En prenant une vitole, mon visage s'éclaire à nouveau "c'est un grand soir" dis-je après avoir allumé mon Romeo et Juliette et en déballant mon paquet "j'ai ressorti une boîte mise de coté depuis 4 ans : Partagas D1 édition limitée 2004. Une pure merveille !" Les exclamations de joie fusent de toutes parts mais un bref coup à la porte nous fait taire instantanément. "C'est Sevy" dit Ciré en ouvrant la porte. "Vous êtes tous là ?" demande le patron "nous sommes de moins en moins nombreux. J'ai appris pour Ciré, c'est dégueulasse !". "Dire qu'avec ce temps si clément nous devrions nous régaler en terrasse, même avec ce vent d'Autan qui souffle un peu ce soir" reprit Sevy-Erreip "mais depuis le 1er janvier, leur nouveau décret considère que la rue est publique" commenta Fej ! "Nous voici véritablement entré dans l'ère de la clandestinité !" Je ne sais pas qui venait de parler, mon esprit se remémorait les belles années où chacun de nos repas se finissait en apothéose sur la dégustation d'un cigare en alliance avec quelques alcools alambiqués, en toute quiétude, en toute liberté ! Lors des soirées terrasse, en particulier à cette époque de l'année, nous pouvions tout à loisir et jusqu'à point d'heure, améliorer le monde et sans doute, nous améliorer nous-même. "Je fais descendre les plats et je vous branche la ventilation" nous dit Sevy en repartant vers les cuisines. L'astucieux système d'extraction des fumées avait été installé il y a déjà plusieurs années, lorsque les voisins s'étaient plaint d'odeur de cuisine. Le Pôvre Sevy avait du refaire toute l'installation du restaurant et en avait profité pour ajouter cette extension dans ce qui était alors son "bureau". Le conduit utilisé nous a ensuite permis d'y intégré une sorte de mini-ascenseur manuel à corde. La caisse disposait de 5 étagères pour le transport de 6 assiettes. Quelques instants après, une lumière s'alluma près du monte-plat indiquant la présence de l'entrée. Etant le plus près, je soulève le cache que je bloque en position haute. Mais ce ne sont pas des assiettes que je trouve mais des verres dont le contenu est en étages blancs et verts alternés. J'en apporte quatre sur la table suivi en cela par Fej qui prend le dernier avec le petit mot d'Onurb, refermant le cache et appuyant sur l'interrupteur éteignant ainsi la petite ampoule ainsi que celle en cuisine. "C'est une crème d'asperge au mascarpone et coriandres frais" nous lit Fej en posant le verre devant sa place. Cette entrée si douce accompagnée d'un rosé du Tarn, nous ouvrit gaillardement l'appétit.

Chapitre III : La loi et les nouveaux décrets

Les discussions reprirent majoritairement orientées sur cette fameuse interdiction de fumée dans les lieux publics incluant désormais les espaces ouverts. En fait, le décret précise qu'il est interdit de fumer dans tous espaces affectés à un usage public même à l'air libre. Cette interdiction s'applique également aux espaces privés en air libre situés à moins de 50m d'un espace public ou d'une habitation. Les espaces privés dédiés aux fumeurs tels que définis par le précédent décret du 15 novembre 2006 doivent désormais avoir leur sortie d'extraction des fumées située à plus de 50m d'un espace public ou d'une habitation, même si les systèmes sont équipés de filtres. Principe de précaution ont-ils déclarés. "Dites-moi comment créer un lieu légal pour fumer ?" demanda Fej. "Dans les Pyrénées, c'est encore possible" répondit Lacsap, "lorsque je vais visiter mes constructions de Font-Romeu, je m'aventure dans la montagne et là j'allume un robusto et quel bonheur". "Attention" lui dit Fej "tu fais de la publicité pour le tabac, je te dresse un procès-verbal" continua t'il malicieusement. La lumière du monte-plat interrompit nos palabres et Ciré alla chercher les premières assiettes. Alors que Fej prenait la dernière assiette et le petit mot, j'y installais les verres vides et bien raclés de nos entrées. "Eventail de veau aux raisins" lu Fej. Nos débats animés reprirent de plus belle. Mais nous étions heureux car à quelques minutes maintenant d'un bonheur devenu si rare et si attendu, d'un bonheur non seulement interdit mais répréhensible ! D'ailleurs, je n'ai plus souvenir de qui a été chercher les crêpes aux fraises du jardin, mais seulement de celui où Lacsap me prend le bras et me demande : "Ca ne serait pas le moment de fumer un petit gros peu un si superbe module mon président ?"

Chapitre IV : Un cigare divin

En lui souriant, je me lève jusqu'à la table en coin où la fameuse boîte trône depuis le début de la soirée. "Je crois en effet que c'est le bon moment" dis-je d'un ton solennel en avançant lentement vers la table, la boîte levée à bout de bras au dessus de ma tête, comme on le fait d'un trésor offert à la contemplation de tous. La distribution commence avec aussitôt des exclamations d'admiration devant cette cape maduro, grasse et soyeuse. Le premier réflexe est de le caresser tant il est beau et majestueux. A cru déjà il développe des senteurs de cuir et d'épices. Depuis nos réunions clandestines, j'ai remarqué que nous mettons un certain temps avant d'allumer nos vitoles. Peut-être est-ce pour mieux s'en imprégner après une longue privation ? Ou pour prolonger ce moment devenu si rare ? Bref, je suis persuadé que ces préliminaires participent pleinement au plaisir que nous vivons et le renforce car nous en apprécions mieux et plus fortement la complexité et la richesse. Alors que seuls les souffles de fumées troublent maintenant le silence et l'atmosphère, Ciré s'est levé et fait clignoter la lampe du monte-plat demandant ainsi la mise en route de la ventilation. Le ronronnement du moteur vient alors nous bercer dans ce moment de béatitude. "Tirage parfait" commente Fej, "et déjà du caractère" ajoute Sevy-Erreip. Nos propos relatent maintenant les mérites immenses de ce cigare exceptionnel et nos sens rejoignent rapidement nos esprits pour divaguer librement sur la félicité de l'instant. Tout à ce moment de plaisir, je pense au Pôvre Sevy, il me faut l'appeler afin qu'il profite aussi de cet extase.

Chapitre V : La BRF et DMF

C'est alors qu'un bruit vers la porte m'a fait tourner la tête pour voir apparaître celle de Sevy dans l'encadrement. J'ouvre la bouche pour lui dire que je pensais justement à lui mais ses paroles contrariées sont plus promptes : "Eteignez tout et plus un bruit, j'ai la BRF au restaurant !" puis il disparaît en refermant la porte. Interloqué, personne n'a bougé. Fej est le premier à réagir. Il commence à éteindre son cigare quand je l'arrête d'un geste : "Non, pas ça, de toute façon on ne peut pas cacher les cendriers, la boîte, nos cigares, l'odeur de nos vêtements etc… Laisse-le s'éteindre si tu veux mais ne le maltraite pas, je vais voir ce qui se passe". Ouvrant doucement la porte j'écoute les bruits qui viennent du dessus. Un brouhaha confus me parvient sans pouvoir rien en comprendre. Je monte alors doucement les escaliers. La cuisine est vide et les paroles vives échangées en salle sont maintenant plus distinctes. Par le hublot de la porte je vois une dizaine de policiers de la BRF en uniforme près de Sevy mais c'est un petit monsieur en pardessus à carreaux gris et gris-verts, assez mal venu pour la saison, qui gesticule en interpellant le Pôvre Sevy : "Je sais qu'ils sont là ! Ca fait des mois que vous me narguez, mais c'est fini !" Il se tourne en scrutant les convives du restaurant et je reconnais alors le responsable local de l'association DMF (Délateurs Majeurs des Fumeurs) pour l'avoir vu sur FR3 dénoncer je cite : "Les groupuscules fascistes qui bravent la loi et par-là même les honnêtes citoyens en continuant de fumer et mettant la vie des autres en danger de mort !" Cette association qui détient les mêmes droits qu'une partie civile pour les infractions, dixit le décret, a vu le jour comme tant d'autres lorsque l'antériorité de 5 ans de leur existence n'a plus été exigée. A la fois avec la jouissance de jouer au petit flic couvert par l'état mais également parce que les procès sont désormais systématiquement gagnés d'avance et apportent de très substantiels revenus aux permanents de ces associations ! Ce n'est qu'une suite logique à ces mêmes associations créées après la loi Evin en 1991 qui ont commencé une chasse financièrement juteuse aux institutions journalistiques (presse écrite et audiovisuelle notamment) à la fin du siècle dernier pour devenir une véritable chasse aux sorcières dès 2006, même envers les particuliers. Cet engouement s'est amplifié après chaque décret qui accentuait les interdits et leur donnait ainsi plus de possibilités de sévir. Dans le restaurant les choses bougent. Le groupe précédé par le Délateur se dirige vers la seconde partie du restaurant. Restant plaqué contre le mur, éloigné des portes, je les vois maintenant se diriger vers l'arrière salle. Je parcours les quelques mètres qui me sépare de la porte y donnant accès mais avant d'y parvenir, je vois une ombre qui s'y approche de l'autre coté. Demi-tour immédiat vers l'escalier pour entendre crier : "sentez ! Ca sent la fumée de cigares, j'en suis certain !" Interloqué, je respire et effectivement une odeur que je connais bien me flatte les narines. Je me penche vers le bas des escaliers mais non, l'odeur provient des cuisines. Sevy m'avait effectivement parlé que les jours de vent d'Autan, parfois nos fumées refoulaient en cuisine. Entendant leurs pas se rapprocher, je descends les quelques marches qui restaient. "Alors ?" demande Ciré. La porte de notre salle est ouverte, Ciré et Fej sont dans l'entrebâillement, derrière eux je distingue Lacsap et Sevy-Erreip qui continuent de fumer leur D1. Je n'ai pas le temps de répondre que des bruits violents se font maintenant entendre.

Chapitre VI : La fuite

Dans le vacarme de vaisselle qui se brise à terre, je perçois les voix d'Onurb et Divad alors qu'une personne se profile dans l'escalier. Instinctivement nous reculons mais déjà Sevy est en bas et nous crie : "vite, partez par l'issue, je les retiens avec les serveurs" et me jetant un trousseau de clés déjà il remonte vers la cuisine. Je me dirige vers la porte du fond que j'ouvre aussitôt. Je me plaque sur le coté en faisant passer le groupe, les poussant avec le bras. Sevy-Erreip est le dernier à passer alors je retourne précipitamment dans notre salle de repas, jetant un coup d'œil à l'escalier d'où je m'attends d'un instant à l'autre à voir surgir la BRF. Je me saisi de la boîte de D1 à peine entamée et mon cigare encore dans le cendrier. "Ils ne les auront pas" pensais-je en jetant un regard circulaire pour m'assurer que nous ne laissons rien de compromettant. Je ferme la salle à clé, toujours personne dans l'escalier mais les cris perçants du petit homme me disent qu'ils sont proches. Je rattrape les autres qui franchissent un trou dans le mur de brique. "Vite !" me crie Ciré "et referme à clé". A peine ai-je donné le tour de clé que je me précipite vers lui et franchis l'étroit passage alors que des bras m'agrippent pour m'extraire de l'autre coté. Puis se penchant dans l'embrasure, Ciré tire à lui une armoire métallique, la repositionne correctement devant le trou puis remet le bloc de briques posé à ses pieds redonnant au mur son aspect d'origine rendant le passage invisible. Une odeur d'essence et gaz d'échappement me fait renifler, nous sommes dans le parking souterrain de la résidence. "Par ici" crie Lacsap en courant vers la porte d'accès. Une cavalcade dans les escaliers jusqu'à la porte palière où je crie "stop" en contenant néanmoins la force de ma voix. Nous reprenons notre souffle un instant, "ayons l'air tranquille" dis-je en ouvrant la porte. Lacsap passe le premier "suivez-moi, je connais les lieux" nous dit-il. C'est vrai qu'il a son bureau, ou du moins un de ses bureaux, dans ce bâtiment. C'est en file indienne que nous parcourons un couloir sombre.

Chapitre VII : L'inconnu

Alors que nous arrivons vers la porte du fond qui donne sur la cour intérieure, une voix se fait entendre dans notre dos : "n'allez pas là-bas, ils sont passés par les fenêtres et vous cherchent. Venez-ici avec moi". Nous nous sommes tous retournés sans voir qui nous parle, même si une pâle lumière dessine une forme humaine dans l'encadrement d'une porte latérale. Alors que personne ne bouge, nous percevons effectivement des bruits de pas et de voix dans la cour que nous allions emprunter. "Au point ou nous en sommes" me dis-je en m'avançant vers l'inconnu, étant le plus proche puisque je fermais la marche. La personne s'efface pour me laisser entrer, suivi de mes camarades puis referme la porte à clé derrière nous. "Je vous attendais" reprit-il d'une voix calme et posée, "je les ai vu arriver. Personne ne s'est fait coincer là-bas ?" Demanda t'il. "Non" répondis-je "à part le patron, et ses serveurs". "Ils ne craignent rien s'ils ne vous ont pas trouvés. Mais venez avec moi, nous parlerons de tout cela plus tard" et disant ces mots, il traverse la pièce et s'engouffre dans un couloir obscure. Après une seconde d'hésitation, nous le suivons. "Par ici" reprend t'il, et cette fois, c'est la lumière d'une torche électrique qui guide nos pas. Il traverse encore un bureau et se dirige droit vers un placard mural, une penderie dans laquelle il pousse les vêtements qui s'y trouvent dans un coin, des vestes et costumes me semble t'il, puis se courbant, il ouvre une trappe. "Allez-y" nous dit-il "attention, l'échelle est raide". Comme je m'avance le premier, il me tend une mini-lampe torche et me dit "Au bout du tunnel, il y a une plaque, levez-la et descendez, normalement des amis vous y attendent".

Chapitre VIII : Les amis

Je ne sais pas si je dois craindre ces amis ou non. La pénombre ne m'ayant pas permis de croiser son regard pour en déceler la franchise ou la fourberie. Devinant mes angoisses, il reprend : "Ne craignez rien, vous n'êtes pas seuls" et je devine qu'il me sourie. Néanmoins, je reste sur mes gardes et bien décidé à avertir le groupe en cas de danger, je glisse à l'oreille de Ciré en passant près de lui : "laissez un espace entre vous, fais passer le mot" et je descends l'échelle m'attendant à… à je ne sais pas quoi finalement. Alors pour me redonner du baume au cœur, je tire sur mon D1 que j'ai toujours tenu entre mes doigts. Mais j'arrête là mes réflexions et me fige sur place, éclairant au loin où j'ai vu bouger. Une lumière puissante m'éclaire maintenant et je cligne des yeux pour tenter de distinguer quelque chose. Fej m'a rejoint et regarde par dessus mon épaule sans mot dire. La lumière s'approche et une voix m'interpelle "Venez, ne restez pas là, nous serons en sécurité en dessous !". La personne qui s'approche s'éclaire afin de se montrer. C'est un homme assez corpulent, une petite barbiche et un sourire jovial aux lèvres. Arrivé à ma hauteur, il me tend une main ouverte "je suis Bob" me dit-il "je vous connais tous, il faut dire que nous sommes des lecteurs assidus de vos soirées présentées chaque mois sur Internet". Mais déjà le groupe se resserre dans mon dos. Se retournant, Bob nous enjoint de le suivre. Une plaque de fonte poussée laisse place à un trou béant au fond duquel des lumières s'agitent. Nous descendons le long d'une échelle métallique, "bonjour je suis Luap, moi c'est Enneite". Alors que je change mon cigare de main pour serrer celle de mon interlocuteur, je vois un module type robusto coincé entre ses lèvres. "Fumeur ?!" dis-je autant surpris que rassuré par la présence de ce signe apaisant au vu de notre situation. "Derf ne vous a rien dit ? Venez nous causerons mieux à la Communauté, nous n'en sommes plus très loin". L'humidité des lieux et leur profondeur me font penser aux égouts de la ville, mieux, aux catacombes où se réunissaient il y a deux millénaires ceux qui étaient persécutés pour leurs convictions. Bien que je la trouve peut-être exagérée, cette comparaison me plait. Nous changeons deux fois de galerie avant de s'arrêter devant une porte métallique verte sur laquelle Enneite frappe deux coups brefs, un coup long puis à nouveau deux coups brefs. Je souris en reconnaissant le même code que notre Club. "Mot de passe ?" demande une voix derrière la porte "barbudo" répond malicieusement Enneite. La porte s'ouvre sur un homme aux cheveux grisonnants "Bienvenue à la Communauté" nous accueille t'il en ouvrant grand les bras, un cigare de taille respectable en bouche.

Chapitre IX : La Communauté

Nous entrons dans une grande salle ou caverne car elle est tout en pierre. Je compte quatre portes ouvertes qui y donnent accès. Après les présentations, c'est Derf, l'inconnu de l'immeuble, qui nous explique la situation : "ces souterrains sont des anciennes galeries de service creusées lors de la construction du métro. Les voies d'accès sont depuis condamnées mais nous les utilisons comme ventilation et c'est très efficace. A chaque passage de rame, nos volutes peuvent aller s'exprimer dans toute la ville" dit-il en riant. "Et comme vous pouvez le constater, il n'y a aucune odeur de tabac malgré 100% de fumeurs heureux". Se tournant vers le mur opposé il reprend : "avec ces ordinateurs, nous avons les connexions ADSL, Reivilo prévient d'ailleurs les autres centres de votre arrivée. Vous n'étiez pas seuls, nous sommes toute une communauté, dans chaque ville la résistance s'organise, nos soutiens sont de plus en plus importants. Tenez, en vidéoconférence, voici le centre de Strasbourg et ici celui de Nîmes. Nous avons des sympathisants au sein de la BRF et même parmi les sociétaires de DMF ! C'est ainsi que nous avons été informés de leur surveillance de votre restaurant, c'est pourquoi je guettais leur arrivée depuis les bureaux. Notre passion est liée aux sensations, aux goûts, aux saveurs, au plaisir et bon nombre se rendent compte qu'interdire les bonnes choses est le début du totalitarisme ou la fin de la démocratie !" Puis s'apercevant que nous sommes resté debout à boire ses paroles, il éclate de rire : "Installez vous et rallumez vos cigares, ce serait dommage de ne pas achever un si beau module. Je vais chercher un vieux rhum cubain pour l'accompagner !" Se levant, il part dans une pièce voisine. Alors ses compagnons nous assaillent de questions sur nos réunions, les cigares que nous avons, notre site Internet, les autres membres du Club, ceux qui par crainte avaient désertés sous différents prétextes, ceux qui s'étaient fait "coincés", les lieux où nous pouvions fumer, bref tous ces petits tracas qui rendent notre quotidien si compliqué, notre passion si difficile à vivre et pourtant, si belle à partager. Prenant du recul je contemple ce groupe en discussions joyeuses et animées. Les volutes virevoltent de toutes parts et environ toutes les quinze minutes un puissant souffle d'air les aspirent vers l'extérieur. Cela faisait bien longtemps que je n'avais vu une Communauté aussi nombreuse se réjouir ainsi librement autour du cigare. Toute inquiétude semble avoir disparue et un sentiment de bien-être m'envahi. Peut-être est-ce un sentiment d'espoir, un espoir que j'avais peu à peu perdu. Derf était venu à mes coté après avoir déposé sur la table le précieux breuvage non sans en avoir au préalable rempli deux verres. M'en tendant un, il résume alors mes pensées par ces mots :
"Là où vivent les passions, là où sont les sensations et le goût, là où est l'amour des bonnes choses, aucune loi ne pourra les interdire car aucune loi ne peut forcer l'homme contre nature sans engendrer la révolte !"


Christophe Buet, Club Cigares & Compagnie

Le jeudi 1er février 2007, date d'entrée en vigueur du décret n°2006-1386 du 15 novembre 2006 fixant les conditions d'application de l'interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif.

Ce roman est aujourd'hui une pure fiction, toute ressemblance avec des situations ou des personnes existantes ou ayant existé est fortuite. Si un jour la réalité rattrape la fiction… vous saurez où me trouver.


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"Club Cigares & Compagnie - Toulouse"

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