Fumer tue. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé.


Cliquez logo pour Retour
Club
Cigares & Compagnie

Cette nuit, j'ai fait un rêve


J'étais dans le ciel, tel un nuage, libre et léger, survolant la ville quand mon attention fut attirée par un bourdonnement. Au détour d'immeubles, je vis une foule qui s'avançait en grondant son hostilité au travers des rues. Son flot grossissait à vue d'œil au fur et à mesure que les gens des quartiers traversés la rejoignaient.
Puis cette marée humaine quitta les faubourgs pour se diriger vers une maison bourgeoise quelque peu éloignée sur les hauteurs.
Sur le perron de cette bâtisse, un homme d'âge mur, assis dans un rocking-chair, attendait l'air indifférent.
En s'approchant, la rumeur de la foule diminuait d'intensité jusqu'à devenir d'un silence quasi religieux à l'entrée de la propriété du vieil homme, où les gens s'arrêtèrent.
Sans savoir comment, je me trouvais debout derrière le fauteuil qui se balançait légèrement.
Une jeune femme se détacha alors du groupe pour s'avancer au devant du patriarche. Sa beauté ma frappa et me fit penser à une princesse en habit de paysanne. C'est alors que je remarquai qu'elle était pieds nus. Ce détail m'attira peut-être parce qu'aucun de ses pas ne semblait toucher le sol. Nulle poussière n'était décollée ni aucune herbe ne pliait sous elle.
Alors que mon regard ne pouvait plus quitter cet être merveilleux, une odeur familière me titilla les narines. J'y reconnaissais pêle-mêle du cuir animal, des mousses de sous-bois et même quelques fruits rouges. Cherchant alentour, ce mélange prit corps dans les volutes légères d'une fumée qui venait de la droite du fauteuil. En me penchant je découvrit l'origine de ces effluves en un cigare de dimensions fort respectables. Les traits de caractère ressentis me faisaient penser à un havane certainement. Ce mystère résolu, je revins à cette apparition qui m'avait tant enchanté. La jeune femme était maintenant arrivée au pied des 3 marches du perron et je vis que ces yeux étaient fixés sur le cigare. Je n'eut pas le temps de m'en étonner plus car le silence se brisa de la voie douce et mélodieuse de ma princesse qui supplia l'homme : "Donnez-nous le bâton de Dieu", puis d'ajouter "s'il vous plait."
Ne comprenant rien, j'attendais la réponse, mais ce fut la jeune femme qui reprit : "Il nous permet l'échange, la convivialité, le dialogue…et peut-être la sagesse. Voyez comme sans lui les disputes enflent et les querelles croissent. Redonnez la paix à notre communauté."
Et sans attendre de réponse, elle recula de quelques pas, la tête baissée.
J'entendis alors la voix de l'homme, mais il ne s'adressait pas à la foule, ni même à la jeune femme, mais à moi. Je l'entendais non pas par mes oreilles, mais dans ma tête, dans mon âme : "Méritent-ils le bâton de Dieu ?"
Je bafouillais alors : "Je, je ne sais pas, oui, je crois."
Comme sans m'avoir écouté, l'homme continua en levant lentement sa main où le cigare fumait toujours, sans pourtant s'être consumé d'avantage : "Ce bâton de Dieu est vénéré par les justes depuis la nuit des temps. Qu'en ont-ils fait ? Qu'en as-tu fait…Christophe ?". D'entendre mon nom me fit frissonner comme si je devenais personnellement responsable.
"Tu es responsable" martelait maintenant la voix dans mon crane. "Tu es responsable de la paix que tu donnes à chaque fois que tu exécutes ce rituel. Lorsque tu le fumes, le bâton de Dieu relie alors la terre aux cieux et tu deviens le réceptacle de volonté de Dieu. En es-tu digne ? En sont-ils digne ?".
Mon regard se tourna vers cette foule que je devinais angoissée, torturée, dans l'attente de la décision du vieil homme, qui lui attendait la mienne.
"Alors donne leur le bâton de Dieu, s'ils le méritent !" acheva la voix qui cette fois s'amplifia dans l'air tel un ouragan de nuages et poussières, obscurcissant le ciel et l'horizon.
De peur ou de froid, je me recroquevillais et senti mes mains se crisper sur…des cigares. Je tenais plein de cigares, plein de bâtons de Dieu qu'il me fallait distribuer. Puis tout se calma. Tandis que je me redressais, tout avait changé autour de moi.
Je me tenais là, au milieu de vous, mes amis.
Et vous tendant le cigare de dégustation d'aujourd'hui, je vous le demande : "le méritez-vous ?"


Christophe BUET
Le 03 juillet 2003, Club Cigares & Compagnie - Toulouse

Inspiré du rêve réel de cette nuit
Copyright© 2003, reproduction autorisée avec la mention suivante :
"Christophe BUET - Club Cigares & Compagnie - Toulouse"

Haut de Page