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Cigares & Compagnie

Retour aux origines
le 28 avril 2005


Mes chers amis,

Outre la tradition qui l'exige, votre enthousiasme qui réclame à corps et à cri ce discours présidentiel ne me permettent pas de déroger à la règle.
Je m'en viens donc vous contenter en vous contant ce conte et en comptant sur votre compréhension et votre tolérance.
Puisqu'en cette nuit d'anniversaire tout m'est permis, je vais vivre en votre compagnie un délire métaphysique... et je pèse mes mots.

Je voudrais évoquer une rétrospective sur ces années passées, sur ces soirées écoulées ensemble, réunis autour d'un cigare.
Prenant ce double corona Saint Luis Rey, notre cigare de dégustation de ce soir, je le regarde tendrement, avec nostalgie peut-être, je le fume à cru... (mais toussant fortement)
" hem-hem, excusez-moi j'ai avalé un bout de tabac... ou un lasioderme qui sait ? "
Donc en le contemplant, les yeux mi-clos, je me tourne vers le passé pour tenter de voir, de revoir aussi loin que ma mémoire me le permet.
Au prix d'une concentration intense, j'arrive à m'immiscer dans les méandres spatio-temporels.
Cela commence avec ce Robusto Cohiba du mois dernier, puis je survole ce splendide 8-9-8 si aromatique, vient ensuite le churchill Roméo y Julieta, le gran Consul et déjà 2004.
Les choses s'accélérèrent : Edmundo, Séleccion N°2, Don Alejandro, D4, Siglo V, Montecristo N°2, Epicure N°2, punch-punch, Magnificat, Jubilate, Monarcas, Siglo VI et les années défilent.
Les modules passent sans maintenant que je puisse les attraper, ils semblent devenir géants, à peine puis-je en reconnaître un par-ci par-là sans même être bien certain de l'avoir vraiment identifié.
Le temps en se rétro-projetant grossit tout autour de moi. A moins que ce ne soit moi qui rapetisse ?
Mais oui, bien sûr, avec ce retour en arrière je suis redevenu ce fringant jeune cadre dynamique, mais déjà me voici cet adolescent boutonneux non ce bambin turbulent mais jusqu'où cette spirale m'entraîne t'elle ?
Vers l'implosion ? Stop ! Je suis foutu... ! Non… Fœtus simplement.
Tout est calme à présent et me voici cet embryon prêt à éclore.
Je me tourne et retourne tentant de mieux me situer et ces contorsions me font découvrir une lumière. Le bout du tunnel ? Est-ce une renaissance ? Ou simplement ma naissance ?
A cette joie, je me tortille vers cette issue pour trouver ou retrouver des visages connus. Mais là horreur ! C'est un cauchemar, serais-je tant remonté dans le temps que me voici à la pré-histoire ?
En effet, par cette lumière j'aperçois le monde extérieur et le premier être qui m'est donné de voir, la première créature devrais-je dire, est un mélange de ptérodactyle et de chauve-souris qui, les ailes repliées, semble me regarder tendrement ! Et tout mon être y est attiré par cet instinct dit maternel !
Alors voici l'origine de mes vies, mon origine à l'aube de mes réincarnations ? A mieux m'examiner, je ne suis pas un fœtus mais une vulgaire larve.
Et déjà machinalement je me surprends à happer quelques substances voisines pour me nourrir, à mordre, finalement à pleine dent, dans ce végétal où je dois m'épanouir. Ce doit-être un tronc d'arbre de par les odeurs somme toute agréables et familières qu'il dispense et que je tente d'analyser.
Mais des douleurs me ramènent à mon existence bestiale. Me voici à l'étroit dans cette carcasse. Il me faut sortir afin d'opérer cette mutation pour devenir ce volatile primaire ?
C'est là la dure loi de la nature et je ne vois comment m'y soustraire. Me déhanchant en vers... et contre tous vers ce destin, me voici proche de l'ouverture lorsque mes sens m'avertissent d'un danger imminent.
En effet tout tremble alentour. C'est un être monstrueux qui s'approche. Un diplodocus ? Mon tronc d'arbre est soulevé comme un fétu de paille... il semble se stabiliser un instant mais une gueule monstrueuse aux dents acérées s'approche de l'extrémité où je me trouve et me voici aspiré vers une fin inéluctable.
Je ne peux finir ainsi et me débats pour déployer ces ailes peut-être salutaires ?
Mes mouvements provoquent une toux à mon prédateur mais sa déglutition est plus forte et alors que suis avalé tout cru, que tout s'éteint en même temps que ma vie, me parviennent ces quelques mots amplifiés par cette gorge qui m'extermine :
" Excusez-moi j'ai avalé un bout de tabac... ou un lasioderme qui sait ? ".


Christophe BUET
Le 28 avril 2005, Club Cigares & Compagnie - Toulouse

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"Christophe BUET - Club Cigares & Compagnie - Toulouse"

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